Reproduction de la délibération de la Halde du 18 février 2008 reçu ce matin par RAR :
NB : par respect des personnes mentionnées les noms ont été remplacé par des lettres
Liberté · Égalité · Fraternité
RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
HAUTE AUTORITÉ DE LUTTE CONTRE LES DISCRIMINATIONS ET POUR L'ÉGALITÉ
Délibération n° 2008-29 du 18 février 2008
Le Collège:
Vu la directive 2006/54/CE du Parlement européen et du Conseil du 5 juillet 2006 relative à la mise en œuvre du principe de l'égalité des chances et de l'égalité de traitement entre hommes et femmes en matière d'emploi et de travail (refonte) ;
Vu la directive 2002/73/CE du Parlement européen et du Conseil du 23 septembre 2002 modifiant la directive 76/207/CEE du Conseil relative à la mise en œuvre du principe de l'égalité de traitement entre hommes et femmes en ce qui concerne l'accès à l'emploi, à la formation et à la promotion professionnelles, et les conditions de travail;
Vu le Code du travail;
Vu la loi n° 2004-1486 du 30 décembre 2004 portant création de la haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité;
Vu le décret n° 2005-215 du 4 mars 2005 relatif à la haute autorité de .lutte contre les discriminations et pour l'égalité.
Sur proposition du Président,
Décide :
La haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité a été saisie le 20 janvier 2007 par Clarisse XXXXX, née B. XXXXX. L'intéressée allègue avoir été victime de harcèlement moral ayant conduit à un licenciement discriminatoire en raison de son état de santé et de son transsexualisme.
La collaboration professionnelle avec le dirigeant de
L'intéressée a été embauchée le 1er juin 2005 par contrat à durée indéterminée en qualité de Directeur du développement et Directeur administratif et financier au sein de la société
B. XXXXX indique que, le 11 septembre 2006, il a informé son employeur de son intention de subir une conversion sexuelle. L'employeur lui aurait demandé oralement de prendre des congés et lui aurait indiqué vouloir rompre son contrat de travail au motif que « c'est avec Monsieur B. XXXXX et non pas Madame Clarisse XXXXX qu'il avait choisi de travailler et qu'il ne souhaitait pas imposer « ça » à ses salariés ».
Le 19 septembre 2006, Clarisse XXXXX envoie aux salariés de
L'intéressée a reçu, le jour même, de nombreuses réponses positives de ses collègues.
L'employeur a indiqué à
Du 21 septembre au 15 octobre
Or, les fonctions de Directeur administratif et financier, telles que prévues dans le contrat de travail de B. XXXXX, nécessitent l'accès à ces données, notamment pour le suivi des relations avec les banques et les différents prestataires financiers de l'entreprise.
Par ailleurs, pendant son arrêt maladie, l'intéressée constate sur ses bulletins de salaire, non seulement que son salaire ne lui est pas versé intégralement, et ce malgré un maintien de rémunération prévu conventionnellement, mais également une baisse de son coefficient de classification professionnelle.
L'intéressée décide de prendre rendez-vous avec la médecine du travail. A la demande de la salariée, une visite médicale de reprise est fixée au 16 octobre 2006, date de retour dans l'entreprise après arrêt maladie.
Le 16 octobre matin, Clarisse XXXXX se voit remettre en main propre par son employeur une lettre de convocation à un entretien préalable pour licenciement avec mise à pied à titre conservatoire. La lettre a pour objet : « Votre absence depuis le 11 septembre 2006 ». L'entretien préalable est fixé au 27 octobre 2006.
Le 16 octobre après-midi, le médecin du travail déclare le salarié « apte, à revoir dans 15 jours, avec dans l'attente une étude du poste et des conditions de travail ».
Sur les conseils de son avocat, Clarisse XXXXX prend acte de la rupture de son contrat de travail par courrier du 20 octobre 2006. Par courrier du 26 octobre 2006,
Par courrier du 14 novembre
2006, qui vous a déclaré apte, ce qu'il nous a confirmé dans un courrier du 3 novembre 2006 ». Il ajoute: « En raison de cette aptitude, nous avons à nouveau réfléchi aux motifs du licenciement envisagé ».
Le 15 novembre 2007, la haute autorité a adressé un courrier à la société
Après une demande de prolongation de délai, la société
Si l'audit, réalisé durant la période d'arrêt maladie de Clarisse XXXXX, met en évidence que certaines erreurs ont été commises, il ne mentiolli1e aucunement que ces erreurs soient imputables au salarié.
Lors de l'enquête, le mis en cause n'a pas communiqué le courrier du 26 octobre 2006 dans lequel il est fait état de la «dangerosité de la situation» ou les courriers électroniques transmis par Clarisse XXXXX à son employeur avant l'annonce de son transsexualisme.
L'examen du dossier personnel du salarié, adressé au service juridique par l'employeur, ne fait état d'aucune sanction disciplinaire. Les motifs de licenciement formulés par l'employeur ne semblent pas objectifs et proportionnés par rapport aux faits reprochés.
D'une part, il est établi par écrit que l'employeur a « réfléchi» aux motifs de licenciement, après réception de l'avis d' aptitude de la réclamante. Ainsi, l'employeur indique sans détour son souhait de licencier, par tout moyen, le salarié.
Il ressort également de la rédaction de la lettre de licenciement que les absences du 11 au 19 septembre, injustifiées selon l'employeur, et ayant entraîné une mise à pied à titre conservatoire, ne motivent plus la rupture du contrat de travail.
D'autre part, le compte-rendu de l'entretien préalable du 27 octobre 2006, rédigé par le conseiller du salarié, indique que les erreurs et/ou insuffisances reprochées au salarié n'ont pas été abordées lors de l'entretien et aucun document venant à l'appui d'un motif de licenciement n'a été présenté par l'employeur.
Nonobstant le fait que la procédure de licenciement peut être discutée tant sur la forme (défaut d'envoi de la lettre de licenciement par lettre recommandée, mise à pied à titre conservatoire non justifiée) que sur le caractère réel et sérieux des motifs invoqués (aptitude, absence, dangerosité, erreurs), il découle de l'enquête de la haute autorité que Clarisse XXXXX a fait l'objet d'une mise à l'écart professionnel immédiate, puis un licenciement suite à l'annonce de son changement de genre.
La concomitance entre la révélation de son transsexualisme et la procédure de licenciement engagée par l'employeur, établie par l'enquête de
Les arguments soulevés par la société concernant les faits reprochés à B. XXXXX ne permettent pas de justifier le licenciement par des éléments objectifs étrangers à toute discrimination.
La directive 2006/54/CE du Parlement européen et du Conseil du 5 juillet 2006 relative à la mise en œuvre du principe de l'égalité des chances et de l'égalité de traitement entre hommes et femmes en matière d'emploi et de travail (refonte) rappelle, en son considérant 3, que «
Dans son arrêt P. c/ S et Cornwall County Council du 30 avril 1996,
L'article L. 122-45 du Code du travail dispose qu' « aucun salarié ne peut être licencié en raison de son sexe ». L'article L. 123-1 b) du code précité précise également que « nul ne peut résilier le contrat de travail d'un salarié en considération du sexe ».
Il ressort de l'analyse de la jurisprudence qui précède que toute discrimination fondée sur le transsexualisme d'une personne équivaut à une discrimination fondée sur le sexe, contraire à la directive sur l'égalité de traitement entre hommes et femmes.
En conséquence, le licenciement peut être considéré comme nul en application de l’article L. 122-45 du-Code-du travail.
Le Collège de la haute autorité demande à présenter ses observations devant le Conseil de prud'hommes de Montpellier dans la procédure en cours, étant rappelé que cette audition est de droit, conformément à l'article 13 de la loi du 30 décembre 2004.
Le Président
Louis SCHWEITZER


3 commentaires:
Bravo Clarisse et surtout BONNE CHANCE !
Nous sommes, j'espère, nombreuses-x à te soutenir pour ce procès qui fera jurisprudence.
Bise de Caphi
> Mon journal personnel : http://caphi.over-blog.net
> Mon blog consacré à la TRANSIDENTITE : http://caphi.over-blog.fr
Il y a une question que je me pose. Dans le cas inverse, changement de sexe de femme à homme, l'employeur aurait-il eu la même réaction?
En tous les cas bonne chance.
Oui, bravo, Clarisse, je pense que beaucoup de personnes tiennent avec toi, même si elles ne se font pas très visibles.
Bonne chance,
Emma
http://mutatismutandis.forumactif.com/tasse-de-cafe-f2/presentation-pour-un-emploi-t1434.htm#19319
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